"Nous avons observé que les grandes entreprises européennes n’avaient pas encore totalement industrialisé leurs processus de placement de trésorerie, contrairement aux banques et aux assureurs-vie." - Michael Martineau

Michaël Martineau et Jean François Valentin, respectivement directeur général et responsable senior du développement commercial de Fund Channel ont été reçus par Florent de L'Agefi pour un entretien consacré à Fund Channel Liquidity, un an après son lancement, destiné aux trésoriers d'entreprise.

Fund Channel a fêté ses vingt ans en 2025, comment a évolué votre offre aux investisseurs et plus spécifiquement aux trésoriers d’entreprises depuis quelques années ?


Michael Martineau : Le métier historique de Fund Channel consiste à intermédier la distribution de fonds, entre les sociétés de gestion et les distributeurs, réseaux bancaires et d’assurance-vie. A fin 2025, nous intermédions ainsi 665 MDS € et proposons une bibliothèque de plus de 115 000 ISIN. Notre vocation, depuis plus de 20 ans, est d’offrir toute une organisation et des systèmes pour lever les freins opérationnels, juridiques, de conformité et financiers qui limitent l’expansion de l’architecture ouverte tant pour les distributeurs que pour les sociétés de gestion. Nous avons par exemple observé que les grandes entreprises européenne n’avaient pas encore totalement industrialisé leurs processus de placement de trésorerie, contrairement aux banques et aux assureurs-vie. C’est pour répondre à ce besoin que nous avons construit une offre à destination des trésoriers d’entreprises, Fund Channel Liquidity, qui a été lancée en avril 2025.

 

Jean-François Valentin : A travers cette nouvelle offre, Fund Channel s’ouvre à un troisième type de partenaire, les investisseurs, aux côtés des sociétés de gestion et des distributeurs. Les trésoriers d’entreprises investissent pour leur propre compte. Il s’agit donc pour nous d’une évolution opérationnelle, juridique et culturelle. Les sociétés de gestion nous ont accompagnés d’autant plus volontiers que notre démarche permettait également de rendre plus transparents les processus de souscription par les entreprises dans leurs fonds monétaires, améliorant ainsi la gestion de leur passif. Cette reconnaissance, se reflète d’ailleurs dans les récompenses que nous recevons et notamment celle de « Meilleure plateforme de distribution en Europe » pour la quatrième année consécutive.

 

Quels atouts et quelles synergies le Groupe Crédit Agricole apporte‑t‑il à Fund Channel en termes de distribution, d’accès aux marchés et d’infrastructures opérationnelles ?


Michael Martineau : Nos deux actionnaires issus du groupe Crédit Agricole : Amundi, le leader européen de la gestion d’actifs, et Caceis, l’un des dépositaires leaders en Europe, nous offrent une excellente vision des besoins des différents acteurs du marché de la distribution de fonds. Pour créer cette nouvelle offre, nous avons bénéficié de l’expertise d’Amundi, en tant que premier gérant de fonds monétaires en Europe, ainsi que d’Amundi Technology, dont nous avons intégré certains modules de la suite Alto dans notre palette de services aux trésoriers d’entreprises. Caceis contribue quant à lui au traitement des ordres et à la gestion de la liquidité. Enfin, dans un contexte où les enjeux de souveraineté européenne sont croissants, le fait que cette initiative soit portée par un grand groupe bancaire européen comme le Crédit Agricole constitue un atout indéniable.

 

En quoi Fund Channel Liquidity répond spécifiquement aux besoins des trésoriers d’entreprise ?


Jean-François Valentin : Cette offre a en réalité été co-construite avec les trésoriers d’entreprises. Dès l’origine, nous avons échangé avec une dizaine d’entre eux afin de comprendre leurs attentes. Ils nous ont fait part de leurs souhaits de pouvoir améliorer l’analyse de leurs portefeuilles, leurs sources de performance, de mieux apprécier leurs risques, de marchés et de contrepartie. Du point de vue opérationnel, les grandes entreprises, qui placent des milliards d’euros sur des fonds monétaires, souhaitaient gagner en efficacité et en rigueur dans leurs processus. La plupart d’entre elles collaborent avec de multiples partenaires bancaires ce qui rend difficile une vision consolidée de leurs positions. Fund Channel Liquidity supprime cette complexité opérationnelle et facilite la diversification des placements de trésorerie. A ce titre, nous avons aussi enrichi notre offre de supports de placement (total return swap, fonds obligataires court terme) afin de mettre à disposition des sources supplémentaires de performance.

 

Quelles sont les fonctionnalités clés de Fund Channel Liquidity et comment accompagnez‑vous les trésoriers dans le suivi et la gestion des risques liés aux fonds dans lesquels ils investissent ?


Jean-François Valentin : En premier lieu, nous donnons accès à un outil d’analyse et de sélection des fonds qui permet de construire un univers d’investissement, avec un comparateur s’appuyant sur plus d’une centaine de critères (domiciliation, devises, surperformance, risque, niveau de liquidité, frais, facteurs ESG…). L’investisseur peut ensuite simuler l’impact sur son portefeuille d’une souscription ou d’un rachat, puis il procède au passage d’ordre. Il peut visualiser l’ensemble de ses positions agrégées, à travers ses différents fonds, afin d’éviter d’éventuelles sur-expositions et comprendre les différentes contributions à la performance de ses portefeuilles. L’outil de gestion de portefeuille est d’ailleurs paramétrable et permet de définir des limites : ratio d’emprise sur un fonds ou sur une société de gestion, exposition à une devise, etc. Enfin, Fund Channel Liquidity se connecte à l’environnement interne de l’entreprise, son TMS (Treasury Management System) ou encore leur système comptable si besoin. Cette grande attention à la connectivité est dans notre ADN, puisque nous l’assurons déjà depuis des années avec de très nombreuses contreparties. Toute entreprise ayant signé une convention avec FundChannel peut bénéficier gratuitement de l’ensemble de ces services.

 

Sur quels marchés développez-vous en priorité cette nouvelle offre ?


Michael Martineau : Nous opérons depuis le Luxembourg, et le marché pilote pour cette offre est la France. Nous y avons validé la pertinence de la solution avec de grandes sociétés cotées, qui sont nos partenaires prioritaires. Les membres de l’AFTE nous ont d’ailleurs décerné un prix (Placement Place de Marché) au moment de son lancement. Depuis fin 2025, nous étendons notre développement au reste de l’Europe ainsi qu’en Asie, en particulier à Singapour et à Hong Kong, où nous comptons déjà des premiers clients.

 

À moyen terme, quels sont les principaux challenges et priorités pour Fund Channel, tant sur le plan produit que géographique ?


Michael Martineau : Nos priorités s’articulent autour de quatre axes. Le premier est de poursuivre le renforcement de la distribution de fonds, en élargissant notre offre et en consolidant nos partenariats avec les distributeurs et les sociétés de gestion. Le deuxième est l’ouverture aux actifs privés, en réponse à la démocratisation de l’accès aux marchés non cotés, dans le cadre de l’assurance-vie, à travers des fonds fermés ou evergreen, pour lesquels les processus de distribution doivent être adaptés. Ensuite, sur le plan géographique, nous allons accélérer notre développement en Asie, avec un fort accent sur les solutions de trésorerie. Enfin, pour Fund Channel Liquidity, nous observons que les grandes entreprises se posent la question de l’intérêt de flux de paiements digitaux, du recours à des monnaies digitales, aux stablecoins. Ainsi, nous souhaitons pouvoir offrir à l’avenir un accès à des parts de fonds monétaires tokenisées (tels que ceux lancés par Amundi en 2025).